Le cabaret, cela fait quinze ans que je le pratique... J'ai découvert cette discipline particulière, et rare quand il s'agit de chanson, chez Christian Gabriel, au Dock du Rire... Chanter et parler "cash", faire rire les yeux dans les yeux, la main sur l'épaule... Que ce soit en solo "sur bande son", ou en formation "live", le cabaret existe quand on reste frais, vrai et passionné...


L'art du cabaret... Un concentré d'émotions et d'esprit


En bref, l'art du cabaret, c'est tout sauf "faire semblant" !

L'art du cabaret, c'est la vie "plus-plus", en plus vif, en plus fou, tous serrés, concentrés dans un petit endroit... Et c'est surtout savoir transmettre au public ces sensations fortes de concentré d'émotion, d'intelligence, d'humour... Du moins, c'est ma définition.

 

"Le cabaret", ce n'est pas le music-hall, les gens confondent souvent. Ce n'est pas le luxe, la plume, la distance, le rêve. C'est tout le contraire. C'est le verbe "à poil", l'oeil qui pétille, toujours en éveil, la main sur l'épaule, même quand il y a 100, 200 personnes. C'est la sensation, le temps d'une chanson, de l'ultime sincérité, de l'ultime véracité d'une parole. Et c'est savoir créer cette intimité avec chaque personne, et lui faire comprendre que le moment passé ensemble est une rencontre unique de complicité.



Longtemps, j'ai travaillé sur un vrai personnage de cabaret, extravagant, excentrique, "too much". J'ai adoré les postiches savamment montés, les faux cils, les faux ongles pailletés, les boas -en autruche s'il vous plaît-... 

Je crois que je n'ai plus besoin de ça. Tout en travaillant toujours sur ce concept d'ultra-féminité, je vis autrement "cet art du cabaret", simplement dans l'énergie que je mets quand j'aborde le public, de rentrer en contact avec lui. Et puis, les faux cils, tout d'abord ce n'est plus de mon âge, et ça m'empêchait de regarder les gens les yeux dans les yeux. ;) 



Etre "chanteuse de cabaret", c'est un cocktail détonnant. C'est donc être belle, certes, véhiculer un peu de ce rêve de beauté lié à la féminité, mais c'est aussi offrir de la liberté, de l'énergie, de l'humour, de l'insolence, du culot aussi... Une pincée d'insolence pour sortir un peu les gens d'eux mêmes... Ce n'est pas "se donner à voir et à entendre", beurk, mais c'est être à 150% en lien avec le public, toujours attentive au moindre détail, au moindre mouvement. L'art de l'improvisation, fille de l'observation et de l'imagination, va se nourrir de cela, pour faire de chaque prestation un moment unique.



Ca, c'était en mars 2016 aux Choux (45)... "Fais-moi mal, Johnny" de Boris Vian. Mon "compère", un homme pris dans le public bien sûr, a merveilleusement compris le sketch que je lui proposais ! J'adore que le public accepte de "jouer avec moi"... Le plus souvent, ça marche.

On joue à chanter ensemble, à faire des sketchs sur des chansons... On joue à survoler ensemble le magnifique répertoire de la "chanson cabaret"... Une chanson "qui date", disent les uns, "désuète", disent les autres... Je les laisse dire ! Qu'ils viennent se frotter aux magnifiques chansons réalistes de Berthe Sylva, de Damia, aux désopilantes chansons de Fréhel, de Marie Dubas, aux chansons virtuoses de Boris Vian et Piaf... Et on discutera ;). Moi, je ne me lasse pas de ce répertoire haut en couleurs, avec toutes ces histoires magnifiques, ces situations cocasses, cette langue magnifique -car il y en a des mots à se caser dans la cervelle et à articuler intelligemment et intelligiblement-. Bref, je balaie le répertoire français de 1900 à 1970... Et je suis prête "à faire la fermeture" s'il le faut ;)


Il a tout compris, Serge Ferrara dans son article de 2015... "Public et chanteuse se comprennent, dialoguent, rient. Elle ne fait pas que chanter, Madame Sacha, elle parle aussi, elle taquine, elle titille avec une gouaille qui rapproche. Elle met "la vraie vie" à distance sans se prendre au sérieux, mais avec le sérieux d'une artiste de talent. la chanson comme prétexte pour faire réfléchir, sourire, pleurer...", j'ajouterai "pour rapprocher les êtres".


"En voilà des manières !"


avec Laurent Delliaux au piano, Jocelyn Saviard à la contrebasse et au chant

"1950-1960", c'est l'âge d'or du cabaret parisien. On s'y presse, sur la rive droite puis sur la rive gauche. On raffole alors de ces lieux intimistes où les artistes débutants ou confirmés se produisent. Ils vous chantent quasi à l'oreille et les yeux dans les yeux des chansons poétiques, subversives, grivoises, "historiques" ou novatrices...Toujours intelligentes.

Dans "Rive-droite, Rive-gauche", Madame Sacha puise dans ce répertoire qu'elle adore, l'émaille d'anecdotes sur cette époque bénie pour la chanson française...  

 Et fait renaître Magali Noël, Zizi Jeanmaire, Patachou, Colette Renard, Barbara, Gréco et même Edith Piaf. Ces muses à sacré caractère chantaient alors crânement Brassens, Dimey, Prévert, Vian, Brel, Queneau, Bruant...